Broché Ë Homo disparitus MOBI É

Homo disparitus Extrait du pr lude Un banquet d amertume En ce matin de juin , les Indiens z para organisaient une c r monie rituelle, la minga, Maz raka, leur village sur le Rio Conambu, affluent quatorien de l e Assise sous un toit de feuilles de palmier, Ana Maria Santi observait, le visage grima ant, les membres de sa tribu Cette vieille femme rabougrie de soixante dix ans arborait encore une paisse chevelure noire ses yeux gris voquaient deux poissons perdus dans les sombres remous de sa figure S adressant elles dans un patois quechua quasiment disparu, le z para, elle houspillait ses ni ces et ses petites filles Une heure peine apr s le lever du soleil, ces derni res taient saoules, comme tous les autres villageois, l exception d Ana Maria Pour la minga, quarante Indiens z para assis en cercle sur des bancs de bois, pieds nus, le visage peint pour certains, buvaient de la chicha par litres entiers Ils pr paraient ainsi les hommes qui devaient partir d fricher un pan de for t afin que le fr re d Ana Maria puisse y cultiver le manioc Les enfants avaient eux aussi droit leur bol de ce breuvage laiteux, cette bi re aigre issue de la pulpe du manioc, ferment e avec la salive des Indiennes z para qui en chiquaient longueur de journ e Deux fillettes, des herbes tress es dans les cheveux, faisaient le service de la chicha et du gruau de poisson chat Aux anciens et aux invit s, elles offraient des morceaux de viande bouillie couleur chocolat Ana Maria Santi, doyenne de l assembl e, refusait obstin ment de toucher ce plat Alors que le reste de l humanit venait d entrer dans un nouveau mill naire, les Z para, eux, d couvraient peine l ge de pierre A l instar des singes araign es dont ils se croient les descendants, les Z para vivent encore essentiellement dans les arbres des entrelacs de feuilles de palmier soutenus par des troncs de palmiers reli s entre eux par des lianes Le coeur de palmier constitua d ailleurs leur principal l gume jusqu l arriv e du manioc Les prot ines, ils les trouvaient dans les poissons qu ils prenaient au filet, ainsi que dans les tapirs, p caris, tocros et hoccos qu ils chassaient la sarbacane Ce mode de chasse est toujours pratiqu , mais le gibier fait aujourd hui d fautEt si le pire arrivait Et si, par le biais d un virus mutant, d une st rilisation subite ou d un terrible deus ex machina, l humanit tait balay e de la surface de la Terre, qu adviendrait il de la plan te En consacrant un livre cette hypoth se, le journaliste am ricain Alan Weisman ne fait pas que se pr ter un divertissant exercice d cologie fiction Soustraire l homme de la Terre revient calculer son empreinte, la domestication presque totale des tres vivants, des mati res et des espaces qu il a men es depuis des mill naires Contr le qui s est acc l r avec la g n ralisation de l industrie, le r gne de la chimie et l explosion d mographique Au point qu Homo sapiens a non seulement soumis le sol, le sous sol et les oc ans ses besoins croissants mais aussi modifi l atmosph re et branl la machine climat Et si le pire arrivait L empreinte de l homme s estomperait jusqu ne plus subsister qu l tat de traces Tout comme s effaceraient les menaces qui p sent sur la biodiversit La lecture du livre d Alan Weisman incite parfois penser que le pire aurait, pour la plan te, la couleur du meilleur Pierre Barth l my Le Monde dumai


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